Suite au suicide de celle qu'on connaîtra désormais sous le nom de la petite Marjorie, Radio-Canada a obtenu une entrevue avec la mère de celle-ci. Loin des confessions larmoyantes auxquelles se livrent d'ordinaire les victimes avec les vautours de l'information qui cherchent du lacrymal et du drame humain, madame livre ici un discours d'une émouvante lucidité et d'une exemplaire dignité. Puisse son supplique être entendu et que cessent ces actes de barbarie.
Dans la même veine, dans La Presse d'aujourd'hui, Mario Roy, par un éditorial très juste, remet les pendules à l'heure et livre une analyse qui, par sa hauteur, évite les pièges habituels qui affectent la plupart des réflexions relatives à l'enfance en se dépouillant des clichés sirupeux qui lui sont inévitablement associés. J'ai beau vénérer Jean-Jacques Rousseau, je ne puis qu'abonder dans le sens de Roy lorsqu'il évoque les errements de celui-ci autour du concept du "bon sauvage".
À l'état naturel, l'enfant est centré sur lui-même, formidablement orgueilleux, largement insensible au malheur des autres, ignorant de ce qu'est le mal, capable d'une stupéfiante méchanceté. Et c'est la civilisation qui, justement, le civilise petit à petit.
L'école devrait, en effet, être la pierre d'assise de notre civilisation. Elle n'a cessé de l'être qu'en partant de l'enfance, sur laquelle elle fonde l'ensemble de sa stratégie civilisatrice. Or, l'enfant n'est pas un petit sauvage "naturellement bon" comme le proclamait Rousseau : c'est un petit monstre qui se doit d'être civilisé, d'où la mission de l'école et des parents. Dans le cas de la petite Marjorie et de ses bourreaux, quelqu'un, visiblement, a failli à la tâche.
C'est très juste. Je suis tout à fait d'accord.
RépondreSupprimerUn des meilleurs billets que j'ai lu sur cette affaire.
RépondreSupprimerUn de mes élèves est à l’hôpital pour dépression sévère et tentative de suicide depuis une semaine. C'est un gentil garçon, élève attentif et curieux; il n'est ni beau ni laid, n'a jamais tenu un propos déplacé dans un groupe d'agités du bocal de première grandeur; ses persécuteurs, qui ne lui arrivent pas à la cheville ont été sanctionnés et recadrés dès qu'on a compris ce qui se passait,en octobre, mais dans cette classe qui est la sienne, il passe pour un taré fini. Et nous ne savons rien de ce qui se passe en dehors des cours, puisque même les plus gentils du tas ne "balancent pas", comme de bons petits mafieux, ou parce qu'ils craignent d'être la prochaine tête de Turc.
RépondreSupprimerIl me vient un sentiment d'impuissance grandissant et je vois de moins en moins ce qu'il serait possible de faire pour civiliser ces bas-de-plafond. J'ai suggéré de rétablir le pilori; cela n'a pas plu.
Voyez les travaux du docteur Richard Tremblay; spécialiste en délinquence. Selon ses travaux, beaucoup de dés sont joués dès l'âge de cinq ans.
RépondreSupprimerPour lui, la question n'est pas l'apprentissage de comportement agressifs mais plutot l'évolution du centre de contrôle qui est censé les éviter. Ainsi, les humains, tous, auraient ce potentiel de petit tirant et c'est par la socialisation qu'on parvient à les censurer.